Un peu de rose, un peu de vent, un peu de rêves, un peu d'absence, un peu de vous...un peu de moi.

jeudi 22 novembre 2007

Du baroque ou rien...



Elle a garé sa voiture dans le parking sous terrain, ils ont choisi d’y diffuser de la musique classique. Prémices d’une soirée de même ordre.

Elle reste un moment la tête levée vers la baffle, un courant d’air chaud sur la nuque.

Un coup d’œil rapide à sa montre…Il est temps.

Elle entreprend alors de le rejoindre, leur point de rendez vous n’est pas vraiment fixé, qu’importe elle finira bien par le trouver.

Rares sont les fois où elle marche seule dans les rues grouillantes du centre ville. Elle essaye de passer inaperçue, surtout ne pas se faire remarquer, marcher en regardant ses chaussures, avoir un point de repère pour ne pas que la tête lui tourne.

Un « Bonjour mademoiselle » lui fait lever le regard un court instant, elle ne répond pas et presse un peu plus le pas.

Une insulte fuse…Elle ne relèvera pas les yeux cette fois.


Elle est maintenant devant les Beaux Arts, un monument qu’elle connaît bien et pourtant si peu. Devant elle, des étudiants sont en train de faire des photos d’un monticule de cageots sur un vélo. Il n’y a pas de quoi s’interroger, c’est de l’Art…Enfin il parait !

Un coup de fil rapide pour l’informer qu’elle est arrivée. Il lui dit qu’il arrive d’ici 10 minutes. Maintenant il faut qu’elle l’attende.

Les gens passent, ils ont tous quelque chose à faire ou à défaire. Elle ne les regarde pas, elle distingue uniquement leur forme, leur nombre, leur parfum. Elle ne veut rien savoir d’eux ils sont bien trop nombreux.

Au loin, elle l’aperçoit, il lui sourit, elle aussi. Une boule vient de se dissiper dans sa gorge nouée, maintenant, dans ce flot incessant de passants, elle n’est plus seule.

Il lui parle alors de sa journée, de son travail qu’il vient de quitter, elle l’écoute, elle aime l’entendre parler. Ils se sont assis à la terrasse d’un café, commencent à discuter du programme du concert, ce soir ce sera Baroque, cordes et clavecin.

Elle est comme une enfant à qui l’ont récite la liste de cadeaux choisis pour Noël.

Il va passer leur commande, pour elle se sera un diabolo grenadine !

Une cigarette, puis deux…la dernière gorgée, le temps a filé, le concert va commencer.


Ils pénètrent dans le monument, les plafonds sont hauts, les gens disciplinés et les dernières répétitions achevées.

Il tend les places à l’hôtesse, elle est frappée par la fragilité de ses mains. Elles sont pâles, les doigts sont élégamment fins, les ongles naturellement vernis. Elle ne se souviendra pas du visage de cette jeune femme, juste de cette partie là.

Ils montent les gradins et trouvent rapidement leurs places, elle a une vue parfaite de la scène. En face d’elle, un père a emmené son jeune fils. Elle sourit, elle aurait aimé connaître ça étant plus jeune.

Ils n’ont pas longtemps à attendre, les musiciens s’installent, les lumières s’apaisent.


Première note, premier frisson, premier sourire.

Ce qui suit ne se raconte pas mais se ressent au plus profond de soi.

Le temps est suspendu, il glisse sur les cordes des violons, s’accroche sur la contrebasse, rebondi sur les violoncelles et s’échoue sur le clavecin.

Elle prend tout ce qu’il lui est possible de prendre. Chaque seconde se transforme en cadeau des Dieux. Elle sent ses larmes monter, les yeux brûlent, les poils s’hérissent, la musique s’infiltre dans le creux de ses mains pour remonter jusqu’au point originel.

Les spots reflètent sur le bois glacé des instruments. Les violons dansent, les archets les embrasent. La vie s'écoule, ce n'est pas du son mais du sang qui jailli de leurs cordes. L'explosion est immédiate, elle absorbe le final, dévore le "Bis" et la larme roule sur sa joue rebondie.


C'est déjà fini.


Les heures, elles, ont déferlées impartiales.

Les lumières se rallument sous un vrombissement d’applaudissements, le jeune garçon devant elle peine à se réveiller son père le secoue, juste un peu.

Il lui demande si elle a aimé, elle lui sourit.

Les gens se lèvent, il est temps de partir. Il lui propose d'aller manger une crêpe, absente elle hoche la tête, elle n'est pas encore vraiment là. Il lui faudra du temps avant d'être pleinement présente à nouveau. En attendant elle jette, en partant un dernier regard vers la scène où il ne reste plus que le clavecin. Elle à une pensée pour lui, il aurait aimé être là, entendre ça.


Ce moment elle ne l’a pas rêvé, ce moment elle ne l’a pas volé !

2 commentaires:

B. a dit…

La vie est musique, la musique est vie. C'est un beau rapprochement. Rien ne se fige dans ton texte, tout en dynamisme, même l'immobilité d'une personne.
Enfin tu changes un peu de registre, avec la même façon de décrire les choses. Ton style prend forme et c'est chouette ;)

copinette a dit…

pareil pas mieux tiens!on lit ça d'une traite sans se lasser, les mots glissent...hum tu as oublié le moment ou cette jeune femme passe un coup de tel delirant a sa pote!lol
treve de betise, très apreciable ce petit texte, une suggestion essaye d'ecrire sur ce concert ds qq jours a froid, cela pourrai etre interessant aussi une fois sortie de cette bulle de bonheur!